Pour le sommelier et chroniqueur Eric Boschman, le facteur humain est au cœur de ce phénomène.
 

Que pensez-vous de la vague actuelle des microbrasseries ?

Eric Boschman : « Le phénomène arrive à saturation. Il y a encore des créations, mais nettement moins. De 1968 à 1982 en Belgique, il n’y avait pas eu de créations de brasseries, seulement des concentrations. Après avoir passé le sommet d’une crête, nous sommes aujourd’hui de retour vers un phénomène identique. »
 

Comment bien choisir une bière ?

 

Nous avons en Belgique une densité brassicole rare.

 

E. B. : « Comme toujours, il ne faut pas se limiter à ce qu’on connaît. Il faut s’ouvrir à la curiosité. Une bière ne coûte pas cher : il faut oser acheter et goûter. Mais pas en magasin ! (rires) Aujourd’hui, beaucoup de marchands font du vrac, sans aller plus loin, alors que la bière demande des connaissances. Comme les cavistes pour le vin, il faut des gens capables de conseiller et de donner l’envie. »
 

Qu’est-ce qui explique la qualité des bières belges ?

E. B. : « Elle ne tient absolument pas à la qualité des matières premières ! C’est la façon de les imaginer qui prédomine : comme partout ailleurs, notre terroir, c’est avant tout… l’humain ! En revanche, nous avons une densité brassicole rare. Quelques régions d’Allemagne l’ont aussi, mais c’est à peu près tout. En Hollande et en Scandinavie, l’industrialisation a tout saccagé. En Grande-Bretagne, la bière a autant d’intérêt qu’un banc de brouillard sur la Tamise. La France, l’Italie et les États-Unis s’y mettent beaucoup, mais très souvent, on sent que ces bières sont des exercices intellectuels : bien foutues… mais sans âme ! Au même titre que pour le vin, quelqu’un sans âme et sans caractère ne parviendra jamais à fabriquer une bière intéressante. »

 

Brasserie Abbaye des rocs

En 1979, Jean Pierre Eloir décidait de créer sa propre bière. Ne désirant produire qu’un maximum de 50L par brassin, il dut demander une autorisation aux accises qui interdisaient de produire moins de 10.000HL de bière/an. Jean Pierre créa ainsi la première micro-brasserie Belge, l’Abbaye des Rocs. En 2005, sa fille entreprit de reprendre l’aventure et de développer l’entreprise. Aujourd’hui, forte de ses 40 ans d’expérience, l’Abbaye des Rocs continue à privilégier des produits de qualité supérieure garantis sans arôme artificiel, sans sucre ajouté et sans exhausteur de goût.