Il n’occupe pas cette fonction par hasard. L’homme est avant tout un amoureux de la nature, à laquelle il avait déjà consacré bien des documentaires.

D’où vous vient votre passion pour les reportages liés à la nature ?

Tanguy Dumortier : « Je suis passionné de nature avant d’être passionné de films. Comme nous n’avions pas de jardin lorsque nous étions enfants, mes frères et moi avions décrété que la Forêt de Soignes serait notre jardin. On y passait beaucoup de temps ; on y faisait des cabanes et tout ce que peuvent y faire des enfants. Dans le même temps, j’avais la chance d’avoir des voisins passionnés par la nature. Ils nous montraient les choses que l’on peut découvrir en-dessous d’une souche, en haut d’un arbre, les terriers cachés, etc. Par la suite, j’ai voulu faire la même chose ; j’ai alors suivi des formations de guide nature au Musée des sciences naturelles, et d’autres organisées par le Cercle des naturalistes de Belgique. »

Vous avez aussi vécu et tourné des films en Afrique. Qu’en retenez-vous ?

T. D. : « J’ai été très marqué par tous les tournages au Congo, un pays hors norme dont on connaît généralement mal la diversité. De loin, on le voit que comme une immense forêt. J’ai eu la chance d’aller de l’extrême Est, dans les montagnes du Rwenzori à plus de 5 000 mètres d’altitude, où il neigeait en avril alors qu’on est pratiquement sur l’équateur, jusqu’aux plages atlantiques du Congo pour voir la naissance des petites tortues qui courent jusqu’à l’océan. Et, entre les deux, il y a toutes sortes d’extrêmes comme la chaîne des volcans du Congo. J’ai même vu la naissance d’un volcan. C’est très impressionnant d’assister à l’éruption et de voir s’ériger un nouveau cône avec les restes de lave. Cependant, il y eut des moments assez difficiles sur le plan humain, entre autres lorsque j’apprenais la mort de gens que je connaissais, tués dans des accrochages avec des rebelles armés ou des braconniers. »

Quel objectif vous fixez-vous avec Le Jardin extraordinaire ?

T. D. : « La découverte de la nature à travers la télé, je trouve ça chouette. Mais le plus important, c’est que les gens aillent ensuite la voir et la toucher par eux-mêmes. Personnellement, je suis un très bon client : que ce soit aller voir la fourmilière au fond d’un jardin, les gorilles au Congo ou les girafes au Tchad, cela m’émerveille tout autant. Pour moi, l’aventure peut commencer en Forêt de Soignes et se poursuivre jusqu’en Australie. Toute l’équipe de l’émission essaye de générer la petite étincelle qui incite les gens à se rendre eux-mêmes dans la nature. »

Qu’est-ce qui vous passionne en particulier dans la nature ?

T. D. : « Son côté sauvage, incontrôlé et incontrôlable. Parfois, lors du tournage de nos documentaires, nous attendons des heures, des jours voire même des semaines pour filmer un animal. Celui-ci décide de sa trajectoire, répond à ses propres objectifs. Tenter de comprendre cette trajectoire et sa raison d’être me procure réellement de l’adrénaline. Et rendre cela en images, aussi belles et intéressantes que possible pour les téléspectateurs, c’est vraiment passionnant. »

Défendez-vous des causes liées à la nature ?

T. D. : « Si je devais en pointer une, je dirais le respect de la vie sous toutes ses formes. C’est très large. De façon plus particulière, je préférerais qu’il n’y ait pas d’animaux en captivité. Je sais que certains animaux tolèrent bien celle-ci et sont bien traités. Je comprends aussi que nous avons tous envie de faire découvrir des espèces animales, comme les éléphants. Cependant, de tels animaux ne sont rien sans leur milieu naturel. Une autre cause que je défendrais est le maintien de la biodiversité, c’est-à-dire la préservation de toutes les formes que la vie est parvenue à adopter pour s’adapter à un maximum de milieux et de conditions très différentes. Si on diminue la biodiversité, on diminue les chances de la vie de résister en cas de changements brutaux, changements climatiques par exemple. »

Dans votre quotidien, avez-vous adopté des habitudes « Green » ?

T. D. : « Très tôt, j’ai été sensibilisé aux modes agricoles respectueux de l’environnement. Ça m’apporte beaucoup de manger tout ce qui est produit en filières bio ou locales. Je trouve étonnant de manger des produits imbibés de substances qui détruisent des formes de vie. Mais je suis aussi conscient qu’il est difficile de faire vivre des agriculteurs et des sociétés entièrement sur ces modes de production bio. »