Pour lui, le football fédérateur permet aux gens de vibrer tous ensemble. Bon pour le moral des Belges !


Rodrigo Beenkens

Prêt pour le coup d’envoi de l’Euro ?

Rodrigo Beenkens : « A la RTBF, nous couvrons en intégralité les 51 rencontres de l’Euro. Un studio va encadrer les matchs. Cela représente un gros travail en amont. J’ai pour mission de couvrir tous les matchs des Diables Rouges, minimum trois, maximum sept, selon le résultat final ! Je commenterai pas mal d’autres rencontres aussi, ainsi que la finale, le 10 juillet, avec ou sans les Belges. »

Entre le cyclisme et le foot, votre cœur balance ou votre choix est-il fait ?

R.B. : « Pour la RTBF, j’ai très souvent commenté le Tour de France. Je dois en avoir 25 au compteur. Le foot et le vélo m’apportent une forme d’épanouissement différente concernant la manière de travailler. Le cyclisme demande une plus grande préparation. Le temps de reportage est plus long. Il nous arrive de parler entre quatre et huit heures. En foot, même si le match n’est pas bon, on peut toujours dire que X donne la balle à Y. Le cyclisme est un sport passionnant quand ça bouge. Chaque jour est différent. Le public est demandeur d’un autre type d’informations : les paysages, l’histoire… On a parfois l’impression que, dans le cyclisme, on peut apporter une certaine culture, alors que le football ne le permet pas. »

Certains ne comprennent pas cet engouement pour le foot…

R.B. : « Certains intellectuels sont assez méprisants par rapport à tout ce qui tourne autour du football et en parlent comme d’un grand cirque. D’autres se demandent comment on peut engager à ce point son identité nationale dans un sport, sur un seul terrain, lors d’un seul match. Avec le foot, on est dans l’émotion, dans l’immédiateté. C’est irrationnel de passer en un instant de l’exultation aux larmes, comme lors d’une séance de tirs au but quand la qualification est en jeu. C’est ce que je trouve fascinant dans le football et qui énerve tant ceux qui ne l’aiment pas. »

Comment expliquez-vous cette fascination pour le foot et cette ferveur qui en découle ?

R.B. : « Lorsqu’au milieu des années 60, Eddy Merckx déboule, la Belgique est dans une situation économique et communautaire compliquée et morose. Le Belge est découragé. Tout d’un coup, un gamin gagne un jour, le lendemain, le surlendemain... Le Belge s’identifie aux victoires d’Eddy Merckx, également grâce à certains chantres comme Luc Varenne. »

« Aujourd’hui aussi, nous sommes dans un climat général de morosité, d’anxiété, avec beaucoup de tensions. Nous avons tous besoin d’apaisement et de vibrations positives. Ce slogan des Diables Rouges, « Tous ensemble », ces deux mots, ont pour but d’évacuer la haine, l’agressivité et l’hostilité omniprésentes. De tels messages sont à faire passer, certainement avec le sport, même s’il a des dérives. Les gens qui se réunissent pour regarder un match sur un écran géant ou devant leur télé sont ensemble pour passer un bon moment. Le sport donne l’occasion de redéfinir les vraies valeurs. Alors, la tolérance, la pugnacité, le courage, la gratitude cèdent le pas aux valeurs négatives. »

Pourquoi le foot fédère-t-il autant ?

R.B. : « Ce n’est pas le foot qui fédère, c’est la victoire. L’être humain doit vibrer. S’il ne vibre pas, il perd son bon sens. Les Belges ont envie d’être fiers d’eux en étant fiers de leur pays. La Belgique est actuellement deuxième au classement mondial après avoir été première. Elle ne s’est plus qualifiée pour un Championnat d’Europe de football depuis 1984 et on tente de déstabiliser une équipe qui n’a jamais été aussi bonne par de la négativité. En Belgique, on n’est jamais content. Si les Diables Rouges gagnent, cela va peut-être un peu changer les consciences. En tout cas, je l’espère. Il ne faut pas en faire trop avec le foot, mais je trouve qu’on en fait trop peu. Si dans ce climat de morosité, le football pouvait au moins stimuler notre production d’ocytocine, l’hormone du bonheur, et permettre aux gens de se sentir heureux, ce ne serait déjà pas mal. »