Thierry Luthers

 

Qu’est-ce qui vous rend particulièrement fier d’être belge ?

Thierry Luthers - Les émotions de type « nationaliste » - dans le bon sens du terme - sont fort liées aux grandes manifestations sportives, lors desquelles que le drapeau belge est encore de sortie.  Au cours de ma carrière, certains événements m’ont particulièrement marqué : le championnat d’Europe d’athlétisme en 2006 à Göteborg en Suède, où nous avons décroché des médailles d’or avec Kim Gevaert en 100 et 200 mètres et Tia Hellebaut en saut en hauteur ; la médaille d’or en tennis de Justine Henin aux JO d’Athènes en 2004 ; le match des Diables Rouges contre les Etats-Unis en 2014.

Quel regard porte-t-on sur notre pays à l’étranger ?

T. L. - Il y a de l’admiration pour tout ce que la Belgique produit comme talents dans des domaines très variés : le sport bien sûr, mais aussi le cinéma, la chanson, la peinture, le design, la littérature, etc. Que ce soit aujourd’hui ou par le passé, les Belges se sont illustrés dans bien des matières. A ce propos, je prépare en ce moment un ouvrage, qui paraîtra courant 2017, à propos des tombes des Belges célèbres. Dans mes recherches, j’ai découvert des choses surprenantes sur des compatriotes, comme le fait que l’inventeur du patin à roulettes est belge.

Vous êtes également fier de votre région…

T. L. - J’ai la fibre principalement principautaire… mais qui ne l’a pas à Liège ? (rires). De plus, en tant qu’historien, si je me place sur la durée, la principauté de Liège a survécu en tant qu’Etat pendant plus de 800 ans, de 985 à de 1794. C’est une très longue période par rapport à l’histoire de la Belgique. De nos jours, ce que j’apprécie le plus à Liège, ce sont la convivialité,  la rénovation de la ville et, bien entendu, le boulet-frites !

Comment expliquez-vous le talent actuel des Diables Rouges ?

T. L. - Nous avons sans doute aujourd’hui la meilleure équipe que la Belgique ait jamais eue. Le paradoxe, c’est que ce n’est pas uniquement le fruit de notre formation : la plupart de nos Diables Rouges sont partis entre leurs 15 et 18 ans pour se former à l’étranger. Néanmoins, Marc Wilmots, qui est profondément belgicain, a joué un rôle essentiel pour souder notre équipe nationale, avec les bons résultats que l’on connaît  ; il a aussi refédéré des milliers de supporters autour de nos Diables en remettant au goût du jour, dans le même temps, des symboles comme le drapeau national et l’hymne national ainsi des notions comme celle de patriotisme. Enfin, il faut bien reconnaître que nos Diables actuels sont des gars sympas et bien éduqués, aux antipodes des dérives à répétition qu’a connues par exemple l’équipe de France ces dernières années. En tant qu’icônes, nos Diables ne négligent pas non plus leur valeur symbolique, représentative et sociale : ils se rendent entre autres régulièrement dans des écoles. Au final, ils ont une très bonne image dans le public.

Mais là où le bât blesse, c’est la formation…

T. L. - Oui. Je déplore fortement l’absence de volonté politique, comme ça existe en France au niveau municipal, de développer des écoles de sports de haut niveau. Tous les quatre ans, après les JO, on entend le même vœu pieux des politiques de vouloir faire évoluer les choses, mais cela reste à chaque fois lettre morte.